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EBEL Sport Classic : redécouverte d’une icône

  • Photo du rédacteur: Valentin De Steur
    Valentin De Steur
  • il y a 4 jours
  • 6 min de lecture
EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Les montres qui m’attirent ont presque toujours le même cahier des charges. Elles doivent pouvoir me suivre partout, encaisser une journée entière sans que j'aie à y penser. J'aime le Super-LumiNova généreux, celui qui reste encore lisible au petit matin. J'aime les étanchéités rassurantes, celles qui vont bien au-delà de ce que mon quotidien exigera jamais. J'aime aussi pouvoir changer de bracelet au gré de l'humeur, passer d'un acier à un NATO en quelques secondes, pour donner un autre visage à la montre.


La EBEL Sport Classic ne coche à peu près aucune de ces cases. Sur le papier, elle est presque l'exact contraire de ce vers quoi je vais spontanément.


Pourtant, elle ne m’est pas totalement étrangère. Il y a des années, une Sport Classic m’avait été prêtée quelques jours mais je n’avais pas vraiment réussi à me l’approprier, à m'y attacher. Le moment n’était peut-être pas le bon pour comprendre et apprécier ce que j'avais au poignet. Récemment, l’occasion s’est de nouveau présentée à moi : retenter l’expérience avec cette EBEL Sport Classic, comme reprendre cette conversation là où je l'avais laissée.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Un bracelet intégré iconique


Je vais faire une entorse à mes habitudes en évoquant d’abord le bracelet qui selon moi est l’élément le plus distinctif du modèle. Celui-ci n’a pas seulement une fonction, il apporte à la montre tout son charme et sa singularité. Un regard sur ce bracelet et vous savez instantanément de quelle marque il s’agit. Il fut dessiné par la marque et présenté pour la première fois en 1977, en plein âge d'or des montres à bracelet intégré. Ce bracelet est appelé “wave” en raison de son design qui évoque des vagues qui se déplacent en fonction des mouvements de votre poignet.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré
Lac de Neuchâtel

Chaque maillon arbore deux finitions distinctes. Le plat reçoit un satinage très fin qui retient la lumière et matifie la surface. Un anglage poli vient ensuite encadrer les flancs des maillons et aussi, et surtout, dessiner l’ondulation des vagues. Cette alternance du satiné et du poli crée un jeu de lumière permanent. L’effet est captivant au premier coup d'œil.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Ce bracelet wave épouse parfaitement le poignet, sans point de rigidité. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

La boucle déployante s'ouvre de chaque côté, sécurisée par deux poussoirs, et prolonge le soin apporté au reste, signée du logo EBEL, avec le même dialogue entre surfaces polies et satinées. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré
EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Un ajustement fin sans outil de la taille du bracelet type “easy-fit” au niveau de cette boucle aurait été appréciable mais ce n’est pas encore devenu un standard absolu sur les boucles déployantes donc je lui pardonne.


Un détail inattendu m'a amusé. Une fois retirée du poignet et posée sur une table, la montre tient debout sur son bracelet. Ce n'était sans doute pas l'intention première, mais il y a quelque chose de satisfaisant à la voir se dresser ainsi, fière et charismatique sans avoir besoin de présentoir pour la mettre en valeur.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

EBEL présente la Sport Classic comme sa montre à bracelet intégré. Encore faut-il s'entendre sur ce que veut dire intégré. On peut y voir un bracelet qui suit les courbes de la carrure et en prolonge la ligne. On peut aussi retenir un critère plus exigeant, celui d'un bracelet rendu indispensable par le dessin même de la liaison, au point qu'aucun bracelet tiers à entrecorne standard ne viendrait s'y substituer. Je penche pour le second. À cette aune, ma Girard-Perregaux Laureato et ma Tissot PRX ont un bracelet intégré, tandis que bien des montres présentées comme telles n'en ont que l'apparence.


L'EBEL, elle, résiste à l'examen. De face, on croit voir deux cornes classiques, prêtes à recevoir n'importe quel bracelet. Il suffit cependant de retourner la montre pour comprendre la subtilité. Au dos, ce que l'on prenait pour des cornes se révèle être de l'acier plein, dans la continuité de la carrure, et le bracelet vient s'insérer dans la boîte, fixé par deux vis.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Cette intégration a un prix. On ne donnera pas un autre visage à cette montre avec des bracelets tiers standards. Et en même temps, ce serait un sacrilège de mettre sur le banc de touche ce bracelet iconique de la marque.


Un boîtier hors des cases


Le boîtier de 37 millimètres échappe aux catégories. Il n'est pas vraiment rond, pas tout à fait octogonal non plus. Il emprunte aux deux avec rondeur et finesse. Il ne fait en effet que 8,63 millimètres d’épaisseur. La montre se logera donc facilement sous une manche de chemise. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

La face avant est satinée, de même que les flancs qui arborent toutefois un anglage poli, toujours en rondeur, sans arêtes vives. Cette double finition crée, comme sur le bracelet, un jeu de lumière flatteur pour l'œil.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

La lunette polie, bien ronde cette fois, s’élève franchement pour ajouter du relief et encadrer le verre saphir traité antireflet sur les deux faces. Elle est traversée de sillons qui laissent passer des vis dont les têtes sont polies elles aussi. Ces têtes de vis ne sont pas orientées de manière identique car elles ne sont pas purement décoratives. Elles sont en effet fonctionnelles. C’est là la démonstration du leitmotiv de la marque : marier beauté et fonction. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

La couronne poursuit le même vocabulaire. Petite, polie, bien octogonale cette fois, elle porte le logo EBEL en écho à la boucle du bracelet. Sa taille réduite ne complique pas la manipulation autant qu'on pourrait le craindre, on la saisit sans effort pour régler l'heure et la date, et éventuellement remonter manuellement la montre. J’y vois un seul défaut : elle n’est pas vissée. C’est un bémol qui m’est personnel, ayant une certaine obsession du confort psychologique qu’offre une couronne vissée. Étanche jusqu’à 50 mètres, cette montre n’a toutefois pas vocation à vous accompagner dans vos baignades ou sports nautiques.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Pas simplement bleu


Après le bracelet, le cadran, et plus particulièrement sa couleur, capte le regard. La marque le décrit sobrement comme étant bleu menthe. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

J’ai rapidement constaté que cette description était trop réductrice. Il s’agit certes d’un cadran bleu clair qui pourrait d’ailleurs s’apparenter à un bleu “Tiffany”, peut-être moins soutenu, mais la finition soleillée de ce cadran apporte beaucoup plus de subtilité. En fonction de la lumière, ce bleu varie d'intensité pour rapidement arborer une belle teinte verte. Le cadran ne montre jamais vraiment deux fois le même visage. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

À midi vient classiquement le logo EBEL puis le nom de la marque, sobrement peints en noir. La mention “automatic” complète le cadran à six heures. Je m'en serais volontiers passé pour encore plus de pureté.


Les index sont des chiffres romains appliqués et polis. Les aiguilles parlent le même langage, facettées et polies pour les heures et les minutes, fine et polie pour la trotteuse, toutes cohérentes avec les chiffres romains qu’elles côtoient. Index et aiguilles accrochent la lumière et assurent une lisibilité franche de jour, et même dans la pénombre tant qu'une source lumineuse subsiste. 


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

En revanche, aucune matière luminescente ne vient rendre la lecture de l’heure possible dans l’obscurité totale. J’aurais pu le regretter mais je garde à l’esprit que le propos de la montre reste selon moi l’élégance pure. Un fin chemin de fer noir vient cerner l’ensemble pour une mise à l’heure précise, à la minute près.


Reste le guichet de date à trois heures. Son disque est blanc. Spontanément, j’aurais préféré qu’il soit de la même couleur que le cadran. Cependant, un disque assorti à la couleur du cadran aurait été un pari difficile, tant le soleillage et la teinte changeante auraient été compliqués à reproduire sur un si petit élément. Le blanc est sans doute le choix le plus raisonnable, moins risqué qu'un ton uni qui aurait juré avec le reste. La découpe du guichet date est soignée, et adoucit avec succès la rupture visuelle grâce à un léger étagement.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Fiabilité et finesse


Le fond ouvert laisse voir un calibre automatique Sellita, le SW300-1. Sellita est loin d’être un constructeur inconnu mais on retrouve le plus souvent le SW200 qui est son cheval de bataille, réputé pour sa robustesse. Le SW300-1 appartient à une autre catégorie. Plus fin d’environ un millimètre, il est pensé pour les montres qui recherchent l’élégance et la minceur plutôt que la seule fiabilité.


Ce choix n’a rien d’anodin. Ce millimètre gagné sur l’épaisseur du mouvement, c’est autant de gagné sur celle du boîtier, et donc sur cette silhouette fine qui se glisse sous une manche. Le calibre sert donc directement le propos de la montre. Il arbore des décorations comme des côtes de Genève sur le rotor personnalisé, ajouré d’une vague et estampillé du logo EBEL. La réserve de marche de 56 heures est confortable, peut-être pas autant que 72 heures, mais cela reste “weekend proof”.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

Le bon moment


Je l'évoquais, la EBEL Sport Classic ne coche pas mes cases habituelles. J'ai pourtant eu le plus grand mal à la retirer de mon poignet. Sans que je la cherche, j'ai une nouvelle fois eu la démonstration qu'une montre ne se résume pas à une liste de spécifications. Celle-ci se juge autrement, dans tous les cas au porter.


La première EBEL m'avait trouvé trop tôt. Celle-ci arrive au bon moment. Ces quelques jours passés avec elle m'ont convaincu d'une chose que je soupçonnais, la EBEL Sport Classic n'a pas l'attention qu'elle mérite, tant elle offre en termes d'héritage et de plaisir au poignet.


EBEL Sport Classic,  montre automatique suisse à bracelet intégré

 
 
 

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